L’AURELE

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Il y a quinze ans, Marie-Candide a rencontré un Aurèle. Une sommité régionale, avec des bagnoles de collection dans la cour de la clinique. Une mâchoire prédatrice. Pas de pitié. L’Aurèle a découpé le papa de Marie-Candide suivant les pointillés, et on a pu le faire entrer dans la boîte sans trop de gymnastique. Depuis lors, Marie-Candide redoutait les Aurèles.

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, signalons que Marie-Candide affiche une petite tendance hystérique, avec des troubles de ceci et une terreur compulsive de cela. Assortis de jalousie maladive, par crainte de se voir dérober l’objet de plaisir, de préférence porteur de barbe.

 

En juin de cette année, notre hystérique, rappelons-le, a développé un cancer de la langue, à force de dire du mal des autres, notamment sur Internet. Elle s’est résolue, la mort dans son âme noiraude, à contacter l’Aurèle. Le premier de l’annuaire ne se laissait pas approcher comme ça: il fallait une lettre du confrère, et une patience de photographe animalier, vu que le carnet de commandes était saturé jusqu’en octobre. En octobre, Marie-Candide serait morte. Elle a renoncé à l’Aurèle nombeurouane et a appelé le suivant sur la liste, un obscur, avant que flanche sa détermination. Elle a dit «bonjour, je m’appelle Marie-Candide et j’ai besoin de consulter. Je n’ai pas de lettre de recommandation et je ne figure pas parmi vos patients.» Il a répondu «personne n’est parfait». Elle est tombée amoureuse sur-le-champ. Il lui a dit «venez lundi à quinze heures».

 

Elle a eu besoin de courage, ce lundi-là. A fumé une petite dizaine de clopes dans sa bagnole avant que tombe le verdict, la condamnation à mort qu’elle savait mériter, pour tous ses crimes tabagiques, sans parler des autres, avec des degrés sur l’étiquette. L’immeuble ne payait pas de mine; le hall d’entrée donnait envie de pleurer, avec sa pauvre plante verte et son odeur d’encaustique rance. Sur la porte, une étiquette, comme dans les boutiques miteuses: «entrée libre». Chouette, a-t-elle pensé, aucune incitation à la trachéotomie; cela va contenter la MGEN. Le bonhomme était seul derrière son bureau. Il a dit bonjour madame asseyez-vous, donnez-moi deux minutes, le temps que j’expédie cette paperasse. Elle a dit faites donc, et en a profité pour évaluer les lieux, de son œil de fauconnesse. Ça manquait un peu de décorum. Avait-il tous ses diplômes?

 

L’Aurèle a dit alors madame, que puis-je pour vous? Elle n’a pas fait de façons: «mon père est mort d’un cancer du larynx; il fumait, il picolait. Je fume, je picole, j’ai une boule au bout de la langue, j’ai la trouille.» Ceux qui suivent connaissent le reste.

L’Aurèle a dit « Madame, il faut vous opérer du nez. » Et voilà.

 

C’est quelque chose, quand même, une hospitalisation pour intervention chirurgicale. Évidemment, il ne s’agissait pas d’une opération à cœur ouvert, comme l’a fait remarquer le barbu. Un simple débouchage de sinus. On a vu pire. Il y a des pays, sachez-le, innocents qui lisez ces lignes magistrales, où on répare des membres à la chaîne, à cause des mines qui font tout éclater, et on manque de produits anesthésiants. Sans aller si loin, sur le territoire métropolitain, il y a aussi des trucs graves à découper suivant les pointillés, avec guère d’assurance que ça ne repousse pas. Franchement pas de quoi faire un tel fromage, cette perméabilisation des sinus. Mais l’hystérique étant telle, elle a fait son intéressante, à pleurnicher plusieurs jours avant l’enregistrement des bagages. Elle rêvait d’appeler sa fille absente, pour entendre sa voix une dernière fois, mais craignait de l’inquiéter outre mesure. Elle aurait bien aimé faire l’amour davantage, puisque c’étaient les dernières occasions avant le placement à la droite du Père, à une table où on va pas baiser des masses, fumer et picoler non plus. Elle a manqué du temps et du matériel nécessaires à ces activités.

Être hospitalisé pour se faire retirer un truc, c’est retomber en enfance, et c’est, d’abord, bien agréable. Dès l’arrivée, on perd un peu de sa responsabilité : on vous scelle un bracelet de plastique autour du poignet, « comme à un nourrisson » nous dit la gentille infirmière qui procède à l’opération. Ainsi, plus de questions à se poser, on saura qui on est, notre date de naissance, notre position exacte sur le plan d’occupation hospitalier. En l’occurrence, pour Marie-Candide, chirurgie B, 550 fenêtre. Voilà notre identité, pour les trois jours à venir. Marie-Candide, née le 26 août 1970, afférente à l’espace fenêtre, chambre 550. Le barbu parti, on pourra explorer notre domaine, retirer du lavabo la bande de plastique garantissant son innocuité, faire quelques pas conquérants à côté de la voisine, qu’on écrase de notre superbe puisqu’on n’est pas en pyjama. La voisine a été opérée. Pas nous. Nous, nous sommes entière. En parfaite santé. On vient d’arriver du dehors, et même, on a encore fumé quelques clopes, sur le trottoir, malgré notre bracelet électronique. On se dit, d’ailleurs, que si on voulait, on pourrait se barrer, personne ne trouverait à y redire. On est encore adulte. Pas très longtemps.

La soirée, puis la nuit, seront longues. On trompera l’angoisse. Il y aura d’abord le repas servi sur plateau, à dix-huit heures précises. On y fera honneur, installée à la petite table face au mur, tandis que la voisine, la pauvre, sera contrainte de l’ingérer dans son lit. Ensuite, la furtive apparition de l’Aurèle, qu’on aura pris, un court instant, pour un promeneur, à cause de sa tenue champêtre. Tout ça sera plutôt rigolo, un brin dépaysant. Il dira « bonne soirée, à demain », comme pour un rendez-vous à un concours de pêche. On revêtira la chemise de nuit, achetée exprès quelques jours plus tôt, sur le lieu de vacances. On se couchera dans le lit médicalisé, on s’amusera un peu avec les boutons, flexion extension du matelas, allumage éteignage de la veilleuse, contemplation hébétée de la grande fenêtre ronde et des terrasses qu’on domine, du haut de notre cinquième étage, chirurgie B. Visite de l’infirmière de nuit, sourires bienveillants « tout va bien ? », échange léger de textos avec le barbu, les amis. Et puis la nuit, le silence troué par les ronflements hyperboliques de la voisine, créature mystérieuse qui capte notre attention et nous détourne de la machine à fabriquer l’angoisse. Les heures, ensuite, s’écouleront goutte à goutte, avec, peu à peu, un désarroi d’aveugle qui prend de la vigueur. Peu avant minuit, une soignante guillerette viendra s’assurer qu’on ne s’est pas sauvée, et qu’on ne bouffe pas, en douce, des plaques de chocolat. Elle nous fera rigoler quand, après avoir déclaré: «  vous pourrez prendre un petit déjeuner, Madame Candide », elle plongera les yeux dans sa fiche pour vérifier, et s’exclamera « merde, je vous dis des conneries ! Surtout ne mangez rien, plus rien à partir de maintenant, je vous ai confondue avec quelqu’un d’autre ! ». Au petit matin, on se sera enfin assoupie et on prendra un coup au sternum avec l’entrée de deux infirmières décidées, qui nous indiqueront qu’il faut aller à la douche : « suivez les indications de l’affiche, lavez-vous entièrement à la bétadine ». Mais on n’a pas de bétadine. On l’a laissée à la maison, après s’en être frictionné la veille, comme l’avait précisé la secrétaire de l’Aurèle. « Comment ça, vous n’avez pas de bétadine ? ». Elles se relayent l’information, consternées :  « madame Candide n’a pas de bétadine ». On se sent sottement coupable, et, faut-il le dire, on espère un peu que ce manquement à l’étiquette nous vaudra exemption d’intervention chirurgicale, parce que, c’est sûr, on ne veut pas y aller. Mais elles nous dégottent un flacon de la substance incontournable. Merde, ça y est. Elles nous tendent une ridicule parure d’opérable, en papier vaguement luisant, avec des cordons à nouer dans le dos. On se livre aux ablutions magiques, avec la sombre appréhension de développer une diarrhée, on revêt la tenue de victime propitiatoire, on se recouche avec, cette fois, la trouille au ventre. La voisine, cette salope, se verse une deuxième tasse de café en fredonnant une rengaine insane, casque télévisuel stupidement vissé sur le crâne, et on se dit qu’on voudrait bien, ce matin, regarder les clips sur la chaîne 17 dont on ne connaissait pas l’existence voilà trente secondes, et même, pourquoi pas, chantonner. Arrivent deux indifférents en blouse blanche, qui nous demandent, sans se soucier de la réponse : « on y va ? ». Eh bien non, pas question, on n’a carrément pas envie d’y aller, vous n’avez qu’à embarquer la voisine, de toute façon elle ne se rendra compte de rien, regardez-la, elle n’est pas avec nous, elle est dans la télé parmi les pétasses en justaucorps, à brailler à tue-tête au milieu des cactus. Pour dissiper l’atmosphère, sombre, qui occupe notre esprit, on tente un timide :  « vous voulez aller où ? ». Mais ils ne sont pas là pour rigoler :  « allez, madame, couchez-vous correctement, s’il vous plaît, on vous emmène au bloc avec le lit, il y a des roulettes, vous avez vu ? ». On a vu. On a vu également qu’on n’a pas emporté de doudou, qu’il n’y a aucune main à étreindre, et que d’ailleurs on est née quarante ans trop tard pour être admise au block, qu’en outre on n’est même pas juive, très vaguement tsigane par notre défunt père, mais ce n’est pas le moment de penser à lui et à ce qu’il a dû penser, voilà quinze ans, quand on l’emmena au bloc, pour se faire retirer des morceaux. On la met en sourdine, on obéit, et c’est parti. Elle le dit, d’ailleurs, la scélérate en blanc, celle qui mène la danse en expliquant à son acolyte qu’elle s’est barbouillé les crocks aux couleurs de la coupe du monde : « c’est parti. » On a croisé les doigts sous le drap d’hôpital, on regarde défiler les plafonds en pensant que zut, on pourrait marcher au lieu d’être tractée comme une cargaison de saucisses, et puis on se rappelle la chemise en papier, on se fait une raison, mais on aimerait bien quand même qu’elle nous demande comment ça va, la sémillante amatrice de liesse footbalistique, au lieu de débiter des inepties à son collègue ; on sait aussi que si elle nous demandait comment ça va, on se mettrait à pleurer, donc, ça va. Ça va vite. On est arrivée, impériale vestale sur notre attelage céleste, dans la salle d’attente. On nous range à côté d’un équipage semblable au nôtre, dont on ignorera l’occupant du fait d’un rideau orange discrètement tiré à mi-longueur. Il y a beaucoup d’agitation dans ce vaste hall, pas mal de lits à roulettes avec des allongés qui ne font pas les malins. On entend les cris de douleur d’un gosse, on a peur. On voit des lits qui partent en sens inverse, avec des gens hallucinés, beaucoup de vieux aux joues creuses, des appareils respiratoires, on se dit merde, la vie est courte, la vieillesse c’est cela, des brancards qui deviennent routine, anesthésie, chirurgie, surveillance cardiaque, la faiblesse qui gagne, personne qui ne nous attend pour nous prendre dans ses bras, personne qui n’a envie de nous faire l’amour à notre retour du bloc et de l’hôpital. On pense à notre père, il y a quinze ans, on a envie de pleurer, une fois encore, on pense à notre mère, on se dit qu’on aimerait bien qu’elle soit avec nous, debout à côté du lit pendant qu’on nous prépare, on se dit que tous les étendus sur ces lits pensent comme nous, et même les tout vieux qui n’ont plus leur mère depuis des décennies, et l’angoisse nous maltraite le bide. On commence à se dire qu’on va faire un malaise, que peut-être on va s’évanouir, qu’avec les produits anesthésiants notre trouille va danser le quadrille et que ça va nous faire exploser le cœur, et on a du mal à respirer. Ça tombe bien, c’est pour ça qu’on est là, puisqu’on respire mal, et que l’Aurèle va nous déboucher les sinus, et que ça ira mieux, calme-toi, tu es ridicule, ce n’est rien du tout. Notre père, de toute façon, est venu à notre secours, depuis les limbes où il occupe l’éternité post-mortelle : dans le lit voisin il nous a organisé une scène grandiose. L’infirmière qui met la perf’ en place accomplit son office et pose les questions rituelles : « vous avez pris une douche à la bétadine ? » Le monsieur d’à côté répond oui. « Vous avez mangé quelque chose ? » Elle a déjà entrepris de poser la question suivante tant la réponse va de soi, d’habitude. Mais elle s’interrompt, car le monsieur acquiesce. Elle reprend, stupéfaite : « vous avez pris un petit déjeuner ? ». Le monsieur affirme qu’il a bu un café. Il y a un blanc. L’infirmière insiste : « vous avez mangé quelque chose ?- oui, oui, j’ai bien mangé.- vous avez mangé QUOI, monsieur?-des haricots, je crois. » On s’autorise à rigoler, en sourdine, tandis qu’elle téléphone à ses collègues des étages, par acquit de conscience. Elle a bien compris qu’il n’est pas tout à fait d’ici, puisqu’il ne sait pas ce qu’il est venu y faire, qu’il est incapable de dire son âge, a fortiori sa date de naissance, rien, il ne sait rien, sauf son prénom, qu’il martèlera, bonne réponse à toutes ces questions vicieuses. On rigole encore un peu, quand elle lui demande :  «  vous êtes là pour quoi, monsieur ? » et que l’artiste réplique : « pour les vacances ».

Ensuite, ça rigole moins. Le lit du monsieur en vacances est entraîné vers son destin, et le nôtre se présente, sous l’apparence d’une infirmière adolescente, dont on note, machinalement, les boucles d’oreille en vrille. Elle dit « on va mettre un chapeau » et nous soulève la nuque, pour qu’on enfile une élégante charlotte assortie à notre robe sacrificielle. Elle dit « donnez-moi la main ». On la tend, professionnelle, pour lui serrer la sienne, et elle sourit :  « non, pas comme ça ; fermez un peu le poing. Là, oui, c’est bien. » Elle nous tapote les veines, plisse la peau, on regarde ailleurs quand elle pique, on se force à respirer calmement, on observe longuement sur le mur jaune, à notre droite, les quatre marques cruciformes gravées autrefois pour indiquer l’emplacement de quatre tuyaux parallèles, sciés et obturés à hauteur du plafond. On lui dit « j’ai pas envie d’être ici », elle répond, souriant toujours « ben oui, on préférerait faire autre chose de sa journée que se faire opérer, mais tout va très bien se passer ». On conclut « oui » mais on a quand même envie de pleurer. Pas tant parce qu’on craint de mourir dans le quart d’heure que parce qu’on sait qu’on va mourir un jour. On a une absolue conscience du poids inerte de notre corps, de notre parenté avec tous ces autres corps prisonniers eux aussi de leur cage de draps, leur pathologie, leur insupportable mortalité, notre odieuse condition d’éphémères. Assez vite, cependant, les drogues agissent, on est presque réjouie de participer à ce ballet fringant de lits qu’on pousse à gauche, à droite, on aperçoit l’Aurèle, penché sur le gamin qui crie. Il a troqué son gilet de pêcheur dominical pour la tenue réglementaire du chirurgien. Il est penché sur un enfant qui souffre ; du coup, on flippe un peu moins, on sait que désormais, il sera notre mère, au moins jusqu’à ce qu’on regagne le monde des valides. On a envie qu’il pose sa main thaumaturge sur notre front soucieux. On le trouve infiniment sexy, dans son costume de toile verte, ce type qui nous avait semblé un peu lourdaud, la première fois, dans le cadre asexué de son bureau quelconque. La séduction est bien souvent affaire de circonstances. On avait accueilli ses allusions salaces avec le même intérêt amusé que ses remarques désabusées sur la vie, l’amour, ses considérations acerbes sur notre corps que l’on sait négligé ; on l’avait trouvé peu commun, on le lui avait dit, étonnée de notre audace. À notre retour, on avait fourni au barbu quelques détails de la consultation si peu protocolaire ; on avait ajouté, pour le faire bisquer, lui que le quotidien refroidit si vite : « il m’a un peu draguée, l’Aurèle ». Quelques jours plus tard, on lui avait montré, de la terrasse où on savourait l’avant-goût des vacances, le bonhomme inoffensif qui passait à vélo. Le barbu avait décrété : « il ne ressemble à rien ! » On s’était sentie un peu humiliée, une fois de plus, quoique secrètement d’accord. On avait contemplé le barbu, avec, une fois de plus, au creux du bide, cet éclair de désir panaché de souffrance, le quotidien de la passion. Et puis le temps avait coulé. Il nous fait rigoler de l’intérieur, à présent, cet absolu non-sens : on est là, à poil sous la robe en papier, plus démunie qu’un nouveau-né attendu par des parents qui le désirent, parce que l’Aurèle a posé un diagnostic, il y a quelques semaines, à la première consultation : « j’ai envie de vous. De vous opérer ». On était allée le consulter parce qu’on avait peur. Et puis là, on a peur encore, mais en même temps, on est ravie de lui abandonner notre corps : il va nous soigner, terme équivoque dont l’ambiguïté nous fera rire plus tard. On ne sait pas comment, mais voilà notre véhicule garé parallèlement à un genre de brancard dont on se dit qu’on n’y tiendra jamais, qu’on y dégoulinera de part et d’autre, qu’on en chutera pendant l’intervention, qu’on va se faire mal. On s’y hisse cependant, une autre infirmière pose sur notre ventre un tissu empesé dont la trame fraîche et dense nous rassure un instant, et on est colportée plus loin, par un grand type en vert à qui on suggère qu’il ne faut pas conduire ce genre de landau sous l’emprise de substances alcoolisées ; peut-être même qu’on l’interroge sur sa sobriété actuelle, histoire de se calmer les nerfs. Notre conscience commence à baguenauder, tant mieux, parce que ça sent à plein nez l’intervention chirurgicale imminente. Voici le fameux bloc. On se dit que c’est propret, on croit voir des fenêtres donnant sur le vrai jour de l’extérieur, on perçoit vaguement un parfum de foin frais, on pense qu’il émane de la grande fleur métallique qui nous surplombe de ses pétales iridescents, et revoilà l’Aurèle, souriant, qui affirme, lui aussi :  « tout va très bien se passer ». On lui suggère qu’on n’est pas sanglée correctement, qu’on va tomber peut-être, alors il a un petit rire, entreprend de serrer les courroies, nous glissant un espiègle « ah bon ? Vous aimez qu’on vous attache ? C’est pas trop mon truc mais pourquoi pas», qui nous détourne l’attention de l’inquiétude, notre plus vieille compagne. Il y a derrière notre tête, un peu plus loin, des voix de femmes enjouées, qui échangent des propos qui les font rire. On les entend distinctement mais on n’y comprend rien, on sait que cet idiome dont elles usent avec légèreté est le nôtre, mais on a perdu la clé, elles parlent chinois, un chinois rigolo qui dit que tout va bien, on ne va pas mourir, on est à la plage et la mer nous caresse les pieds, et même quand l’Aurèle, occupé à quelque chose qu’on ne discerne pas, réclame leur aide, peut-être pour fignoler une muraille du château de sable qu’il édifie sur notre ventre, peut-être pour des conseils sur l’alignement des coquillages, on comprend que rien ne presse, puisque leurs rires continuent à cascader tout près, elles sont sereines, elles ont offert leurs orteils à la brise pour que sèche le vernis, c’est cool. On a le temps de penser à l’Aurèle d’autrefois, celui de notre père, celui qui terrifiait les infirmières et nous humilia si fort, et on se dit qu’on a de la chance, que la roue tourne, que les choses sont à leur place et qu’on pourra les raconter. Une des baigneuses nous pose sur le nez un masque de plexiglas, elle dit : « respirez, c’est de l’oxygène. Emplissez bien vos poumons, allez-y ». Bonne élève, on s’exécute, mais à la deuxième inspiration, on sait que ça va prendre du temps, cette affaire, parce que ça ne marche pas, on ne va jamais s’endormir ainsi. On inspire une troisième fois, et se produit l’un des trucs les plus angoissants de notre vie, pourtant chargée, saturée, hypertrophiée de trucs angoissants : une voix féminine nous somme d’ouvrir les yeux, c’est fini, réveillez-vous, allez, c’est terminé.

Après, les choses s’enchaînent dans un semi-brouillard. On a ouvert les yeux, on entrevoit des formes autour de nous, mouvantes ; on est à nouveau dans le lit à roulettes, au-dessus de notre tête il y a un sachet transparent avec du liquide qui goutte jusqu’à cette main qui est la nôtre puisqu’elle nous fait mal. On entend des quintes de toux caverneuse, incoercibles, on comprend, honteuse, que ce sont les nôtres. Une forme se penche vers nous : « ça va ? », on répond qu’on a la nausée. Elle injecte dans le sachet un liquide qui va nous dévorer la veine mais calmer le mal de mer. Notre main nous fait mal, une brûlure à peine supportable. On se souvient de notre père, penché sur notre lit d’hôpital, quand on avait six ans, sa volonté farouche de retirer l’aiguille qui nous blessait la peau. On aperçoit en nous le visage de notre mère, son visage d’aujourd’hui. On a envie de pleurer. On perçoit confusément, à intervalles réguliers, notre bras qui se gonfle sous la pression d’un appareil dont on sait qu’il mesure quelque chose. On a conscience d’une dilatation douloureuse sous nos pommettes, la présence d’un objet qui nous meurtrit les chairs. On respire bruyamment par la bouche, notre langue est un limaçon desséché, nos lèvres se craquellent. On sombre. On s’éveille à demi tandis que l’infirmière installe sur la table, à côté, un appareil où trône une énorme seringue, encadrée d’écrans digitaux qui clignotent en cadence. On se rappelle la naissance de la petite, la même seringue, mais à l’époque, la joie sans mélange, totale. On sombre.

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Ce sera ça, toute la journée, au fil des heures siamoises : vague réveil, vague conscience d’un environnement fonctionnel, de notre visage distendu. Soif. Vague regard alentour dans l’espoir de la présence maternelle, celle avec la barbe. Images brouillées, mélangées, d’enfance et d’aujourd’hui. Sommeil. Plus tard, dans l’après-midi finissant, on est autorisée à boire, à très petites gorgées, et rien, jamais, ne fut meilleur, malgré le pincement désagréable du palais à chaque déglutition. On se souvient du Petit Prince, avec l’épisode du puits dans le désert. Une très jeune infirmière nous tend le portable qu’on réclame. Le barbu, tout là-bas dans le monde des inopérés, s’enquiert des horaires de visites. On dit qu’elles finissent à vingt heures. Il viendra vers dix-huit. On se force à penser que c’est bien, dix-huit heures, qu’on a quarante-quatre ans, pas quatre. Que c’était une petite opération de rien du tout. On se force à penser qu’on est décidément trop exigeante, allons allons, rappelle-toi, Marie-Candide, quelle foutue chieuse tu es. Avant dix-huit heures, on s’installe dans l’attente. Comme on est une incorrigible égocentrée, on espère qu’il sera là un peu avant l’heure dite. On s’apprête à faire des yeux de cocker sous ce pansement incroyable, rappelant les créatures infernales de Jérome Bosch. L’hôpital est un jardin d’enfants géants, on oublie vite qu’au-dehors, on a le droit de vote, des responsabilités. Pour peu que la douleur s’en mêle, et les substances pour la calmer, on régresse vite, et fort, vers l’âge des couches. On rêve d’une main caressante, d’une berceuse. De toute façon, on n’est pas autorisée à grand-chose, on nous a déjà prévenue qu’il faudra, au besoin, faire pipi dans un récipient plat. Une gamine en blouse blanche nous prend d’autorité le poignet, rassurante, pour vérifier que notre pouls est sage, que la vie bat gentiment dans nos veines. Presque, on sucerait notre pouce. Dix-huit heures cinq. Pas de barbe maternelle. La voisine, en transe sous son casque, lape la soupe vespérale, en suivant à l’écran les gesticulations d’énervés à casquette inversée. On sent la chair de nos pommettes écartelée par des dizaines de visières qui voudraient crever l’épiderme, le pansement grotesque. À dix-huit heures vingt-cinq, quand le barbu arrive enfin, on a renoué avec les larmes, qui nous meurtrissent, dans l’effort accompli pour les contenir, les plaies qu’on devine sous le masque de chair. On sait, bien sûr, que c’est la dernière chose à faire, mais c’est plus fort que nous : on geint, on dit qu’on attend depuis des heures, on fait un caprice. Lui, normal, en réponse, tire la gueule, refroidi, une fois de plus, par notre incompréhensible exigence. Un peu plus tard, on présente des excuses nasillardes, la parole rendue ridicule par la distorsion des conduits internes. On sait qu’on n’est pas très séduisante, là, avec ce pansement dithyrambique, notre voix de canard mécontent, l’expression ulcérée de notre colère, mais c’est ainsi, on a du chagrin, on a quatre ans, notre mère n’était pas pressée de venir nous consoler de l’épreuve. On occupera la nuit suivante à ne pas trouver le sommeil, à cause des formidables ronflements de la voisine, mais aussi des questions intimes, des certitudes douloureuses, du tintement régulier des appareils, de la lutte de nos chairs tuméfiées contre le corps étranger qui les rompt.

 

Le lendemain est jour de sortie de la voisine. La chambre est nôtre, désormais. On nous retire la perfusion, mais aussi la grosse seringue qui tenait la douleur à distance. L’Aurèle a fait une courte apparition. On s’étonne d’être déçue qu’il soit déjà parti. On commence à faire quelques pas, assistée de deux blouses blanches pleines de sollicitude. On découvre un vertige à chacun de nos gestes, on ne reconnaît pas la machine fidèle de notre corps dans ce vaisseau maladroit qui gîte, loin de toute maîtrise. Ça nous amuse et nous effraie. On profite de notre solitude pour ouvrir la fenêtre à la volée et écouter, de notre lit, les bruits familiers du dehors. C’est le quartier où l’on a grandi. Sans surprise, on retrouve le carillon de l’église qui salue les quarts d’heure. On renoue avec nos dix ans. Étrange sensation d’enfance, plongée en eaux lointaines qu’on croyait mortes et qui affleurent pourtant, sous la fenêtre du cinquième étage, calme plat, mer étale, presque la vision de notre père occupé en cuisine, en cette fin de matinée d’autrefois. On n’a presque pas mal, on sait que tout à l’heure, Bérénice viendra nous voir, et puis, plus tard, à la même heure qu’hier, le barbu vénéré.

 

Bérénice a apporté du chocolat, son formidable sourire, son énergie. On lui épargne le spectacle du pansement purulent, on passe une heure et demie à maintenir un carré de cellulose sur la farce de notre nez, gymnastique éprouvante : on est fatiguée. La parole fait mal, dans l’ébranlement des muscles endoloris. Quand Bérénice nous quitte, on essaie de dormir, mais nos traits se sont révoltés, ils se tordent sous la peau, tirent à hue et à dia, nous épuisent dans leur volonté d’indépendance. C’est le creux de l’après-midi. La fenêtre ouverte nous apporte les sons atténués de la ville, au-dehors. On a l’impression d’être une gamine consignée dans sa chambre, en colonie de vacances. On n’a rien d’autre à faire que ruminer, activité dans laquelle on excelle. On s’y engage donc, tout doucement, suivant notre pente naturelle, entraînée vers les abysses par notre propre propension à nous perdre. On se repasse en boucle le film de nos échecs. On finit par se persuader qu’il n’y a pas d’amour dans notre vie, un grand classique qui nous émoustille toujours, dans le rôle de la petite fille aux allumettes. L’héroïne d’Andersen fêtera ses quarante-quatre ans dans quelques jours ; elle s’imagine quand même très bien, tremblant de froid au pied de la cathédrale, avec ses racines grisonnantes et son stérilet à faire retirer avant la fin de l’année civile, occupée à tendre les bras vers une grand-mère de fête foraine, très colorée, pourquoi pas barbue et dotée d’une bite qui rend les hivers moins cruels. La petite fille aux allumettes se met en tête de vérifier que sa grand-mère pense à elle, et l’aime, par-delà l’hôpital, l’inexorable marche vers la vieillesse, le pansement cyclopéen. Il est dix-sept heures. Elle va téléphoner à sa grand-mère. Elle la connaît assez pour savoir qu’elle ne décrochera pas si elle est en route, parce qu’elle écoute du heavy metal dans sa voiture et n’entendra pas la sonnerie du portable. Pour une fois, la perspective de se heurter au mur du répondeur téléphonique est synonyme d’allégresse. Hélas, Mère-grand décroche. Elle n’est pas en route, elle est au lit, sa voix ensommeillée ne laisse aucun doute. La petite fille aux allumettes a tiré sa parente d’un bienheureux repos, loin des exigences exacerbées d’une porteuse d’obélisque à hauteur des sinus. Théâtrale, la créature de papier déclare à son aïeule que ce n’est pas la peine de se déplacer, dans ces conditions, puisque de toute façon, elle dormait au lieu de piaffer à la porte de l’hôpital. Cette histoire n’en est pas une, on perd tous notre temps, il n’y a pas d’amour, il n’y a que de la soupe tiède et la soupe tiède, quand on a connu les festins impériaux, non merci. Que la grand-mère reste au coin de l’âtre, avec ses chats sur ses jambes variqueuses, on se passera bien d’elle, et tant pis si on claque dans les heures qui viennent, d’une hémorragie nasale, de toute façon on est habituée à la solitude des camps de réfugiés, on a déjà affronté, en quarante-quatre ans, toutes les bises d’Europe septentrionale, avec juste un paquet d’allumettes pour éloigner les loups, on saura bien s’en sortir encore, on n’a besoin de personne. Mère-grand déclare : « comme tu voudras » puis raccroche.

 

Dans la nuit qui suit, on fait l’expérience du purgatoire. On a rappelé la grand-mère, pour déverser à son oreille insensible l’expression de notre désarroi. Notre couinement de canard courroucé a résonné dans le vide du répondeur. On a insisté, désespérée, sur la douleur qui nous martèle les pommettes, la fatigue post-opératoire, la trouille, les pensées qui torturent. On lui rappelle, tragique, qu’on a subi une a-nes-thé-sie-gé-né-ra-le. On lui envoie copie des textos qu’on a balancés aux copines, qui disent, en substance : il ne m’aime pas. Il s’en fout. C’est un salopard. Je vais peut-être mourir cette nuit, tellement je saigne du nez. Ensuite, comme d’habitude, on efface le numéro honni et adoré, on filtre le journal d’appels, on le raye méthodiquement de nos fils de communications, pour ne pas être tentée, vers trois heures du matin, de rappeler pour se briser le bec sur le message d’accueil du répondeur. La nuit sera longue, entrecoupée de brefs épisodes d’assoupissement. On passera beaucoup de temps à pleurer, en épongeant de notre mieux le suc fielleux qui suinte du bandage. Le mécanisme des pleurs met en action celui des muscles faciaux, et ces derniers étreignent à leur tour les objets mystérieux que l’Aurèle nous a glissés dans les sinus, pour les siphonner. Ça fait vraiment très mal. C’est la torture. On est seule au monde, avec la morve coincée dans les bandelettes. On a été o-pé-rée, merde, et il ne s’est pas déplacé ! Il ne nous épargne pas, il n’a aucune indulgence pour les créatures qui souffrent, on n’aurait jamais dû le dorloter comme on l’a fait, quand son otite le clouait au lit, ces dernières semaines. On se photographie, pour finir, avec sur le front le pain de glace déposé par une infirmière, vers minuit, le pansement obscène, et juste au-dessous, couvrant la bouche et le menton, un rectangle de gaze barbouillé de sang. Avec nos paupières hypertrophiées par les larmes et l’absorption de chimie, on a des airs de Saint Nicolas qui aurait passé son costume à la javel. On envoie la photo à Saturnin, pour se faire plaindre mais aussi parce qu’on est franchement grotesque, et qu’on veut se souvenir, plus tard, du ridicule où mène la passion. En fait de ridicule, on n’a pas encore touché le fond, mais on a des ressources. Sommeil.

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Au matin, on émerge, accablée, de nos heures d’errance impuissante. Évidemment, le barbu n’a pas rappelé, pas envoyé le moindre message. Il était censé venir nous chercher tout à l’heure, puisque c’est aujourd’hui qu’on sort. Connaissant le bonhomme, on sait qu’aucun espoir de communication n’est envisageable avant onze heures, voire midi. À l’heure qu’il est, il ronfle, crucifié d’aise, dans ce lit qu’on a eu la légèreté de lui abandonner, lors de la dernière rupture sérieuse, l’été dernier. On trépigne, et on trépignera longtemps, on le sait, toute la matinée au moins, tant de douleur physique que d’attente stérile, d’humiliation d’être coincée à l’hôpital avec nos sacs de voyage, les clés de notre apparte qui ne nous servent à rien, puisque lui seul détient celle de la voiture, avec, en prime, la voiture, et, bien sûr, un double des clés de ce refuge où on s’était pourtant juré de ne jamais le faire entrer, alors que, parenthèse, on n’a pas de double de SON apparte, on n’en veut pas, d’ailleurs, car ce n’est que l’annexe de la maison de ses parents, qu’on a suffisamment pratiqués quand on vivait chez lui, merci. Comme on évolue, les trois quarts de notre temps conscient, sur une scène de tragédie antique, on ne doute pas qu’on sera condamnée à téléphoner à une copine, peut-être lui demander de nous accompagner là-bas, pour récupérer notre voiture, nos clés, et tendre en échange à l’ingrat un sac de commissions contenant ses frusques qu’on ne se fera plus jamais chier à laver, sa mère fait ça tellement mieux que nous de toute façon, et tant mieux pour tout le monde. Cette fois-ci, c’est bien fini, on n’est pas près de pardonner la nuit affreuse à chialer sous les bandages, le téléphone sourd, l’insouciance crasse alors qu’on passe sa vie à se torturer. La mécanique du désir s’est élimé les dents à mordre dans la poire blette du quotidien. Un jour les ficelles sont usées. On est ulcérée. Dans le couloir tintent les chariots du petit déjeuner, mais on sait que pour nous, pas de café tartine : c’est ce matin que l’Aurèle va nous délivrer du supplice textile qui nous barre la tronche. Il entre. Comme il est beau, notre sauveur ! Dans le carnet secret de notre mémoire, on biffe rageusement le portrait au fusain de l’idole d’hier, pour faire place à celui-ci, le bonhomme à gilet de pêcheur qui déplace à vélo le poids de sa quête sexuelle, quand il ne revêt pas son uniforme de chirurgien, nec plus ultra de la séduction triomphale. Il se place derrière nous, et c’est terriblement troublant. Il nous demande de fermer les yeux, et l’on est ravie d’obéir. On a passé la nuit à chialer et maudire le type qui nous faisait jouir il y a quelques jours à peine. On sent des doigts légers qui se posent sur nos pommettes, qui grattent tout doucement le sparadrap qui fixe notre masque de fer. On franchit les portes du paradis. Puis c’est l’enfer, durant les deux secondes où il retire de notre nez les objets de torture qu’on n’apercevra pas. La douleur nous maintient au bord de l’évanouissement, tandis qu’il nous dit des choses qu’on n’entend même pas, parce qu’on a trop mal. On a conscience, simplement, d’une voix caressante et, après toutes ces heures à lutter dans notre tour d’ivoire, cinquième étage chirurgie B, le soulagement est tel qu’on se met à braire comme un veau, couvrant, d’un avant-bras pudique mais dangereux pour notre édifice nasal, l’effondrement de notre dignité. Aussitôt, l’invisible tentateur se mue en mère aimante, décontenancé par le spectacle de notre hystérie. Il demande ce qui se passe, ce qu’il peut faire, il raconte des épisodes de sa vie, il a posé une main fraîche, bienfaisante, sur celui de nos bras qu’on ne se colle pas sur le cataclysme oculaire et, pendant ces quelques instants-là, on a vraiment quatre ans, et pas quarante-quatre. On lui demande enfin, piteuse, bloblottante, si on peut rester vingt-quatre heures de plus. Bien sûr qu’on peut rester, il va prendre les dispositions pour qu’on ne nous dérange pas, il s’affaire, empressé, et en sortant, alors qu’on se planque sous le drap,  conclut « je vous aime bien, madame ».

 

On partira le lendemain, un peu calmée, avec le barbu imperturbable, et la réjouissante sensation d’avoir vaincu notre phobie des ORL. C’est toujours ça que la Camarde n’aura pas.

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2 Commentaires

  1. Durand

    5 janvier 2018 à 17 h 43 min

    … eh ben , ça n’a pas dû être facile tout ça . Mais bon , finalement le barbu est venu …

    Répondre

    • mariecandide

      7 janvier 2018 à 11 h 55 min

      Le Barbu est une valeur sûre.

      Répondre

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