Accueil MITRAILLES 2013-2014 L’HYPOCONDRE, CE POISSON MECONNU

L’HYPOCONDRE, CE POISSON MECONNU

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congre

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hypocondrie (Larousse)

nom féminin

  • Inquiétude permanente concernant la santé, l’état et le fonctionnement de ses organes, provoquée par un trouble psychique bénin (anxiété, par exemple) ou grave (psychose, par exemple).

L’hypocondriaque est tellement anxieux qu’il évite de consulter, à l’apparition des symptômes, puisqu’il sait, sans doute possible, qu’il est atteint de la pire saloperie qui traîne, de celles qui promettent une agonie lente et effroyable, avec le découpage progressif des organes et des membres puis leur remplacement approximatif par des prothèses rigolotes qui ne sont pas sans évoquer les rafistolages des gueules cassées ou les bras de celluloïd des poupées d’avant-guerre. L’hypocondriaque est d’un naturel pénitent. Il a des choses à se faire payer. Il doit être châtié pour tous ses crimes, en premier lieu peut-être celui de s’être immiscé dans l’intimité parentale, autrefois, quand ces deux-là ne formaient qu’un, un seul et unique être tout puissant tout le temps imbriqué, dans la luxure et le reproche, un vrai beau couple qui se suffisait à lui-même. Pour se punir et devancer l’appel de l’oncologue, l’hypocondriaque fume et picole depuis l’adolescence. Il alterne de rares périodes d’alimentation saine agrémentée de séances de footing détoxifiantes avec de longues années d’ingestion de graisses polyinsaturées. Globalement, il va mal, ses cheveux sont ternes, l’apparition des cheveux blancs et des rides coïncidant avec celle des points noirs qui parsèment sa face éteinte.

Marie-Candide est consternée par une attitude aussi puérile. Sa copine Andromaque lui casse les pieds à développer tout le temps des maladies mortelles. Ecoute-moi bien, Andromaque, ma pauvre :

  • à dix ans, déjà, tu te trouvais des trucs qui n’allaient pas. Rappelle-toi cette après-midi d’été, dans ta rue accablée de chaleur, quand tu as tout à coup éprouvé des doutes sur la santé de ton système pulmonaire. Foudroyée en pleine séance de balle au prisonnier, tu as éprouvé en toi la pertinence de cette question essentielle : « Est-ce que je respire correctement ? » Tu as laissé les autres à leur jeu inepte et tu t’es isolée dans un coin de l’impasse, concentrée sur ton ventre soudain étranger, terrifiée à l’idée de suffoquer. Les battements frénétiques de ton cœur ont confirmé ce que tu supputais : tu ne savais plus comment il fallait respirer et tu étais en train de mourir. Tu es donc allée t’asseoir sur les marches de la pharmacie voisine, hésitant à entrer pour qu’on t’hospitalise. Et puis Karim est passé avec un nouveau jouet, un truc de bagnoles qui s’entrechoquent et tombent en morceaux, et tu as retrouvé l’usage de tes voies aérodigestives supérieures.

  • Rappelle-toi ta terreur en constatant que  la base de la langue était constellée de pustules, quand tu avais treize ans. Et le régiment des copines qui rendaient gorge en te tirant la leur, pour t’assurer de ta normalité.

  • Andromaque, ma chère, souviens-toi de ce désopilant passage aux urgences de ta ville, un soir de décembre, après que ton mec avait appelé le samu, pour un énième coucou de la Faucheuse. Tu avais fait des gâteaux de Noël. Tu avais goûté ta volumineuse production. Quelques heures plus tard, un grattement obstiné de ton arrière-gorge t’avait fait craindre le pire : un poil du pinceau à glacer les biscuits, chu dans la sauce chocolat, figé pour l’éternité pâtissière, ingéré avec le reste du sablé et planté, le fourbe, dans les tréfonds obscurs de tes amygdales. L’angoisse, alors, t’avait aplati le jugement, et vraisemblablement celui de ton mec. Vous avez bien fait rigoler les internes de garde, tandis que les sirènes hurlantes déposaient à deux pas des gens qu’on venait de trouver, baignant dans leur sang.

  • Souviens-toi de ton cancer du coude, quand tu t’es découvert une tuméfaction, au sortir de la douche, de ta terreur devant le radiologue, qui n’a rien vu qu’un peu de graisse nichée dans un repli de peau.

  • Souviens-toi de ton cancer du colon, quand la douleur te tordait les entrailles, et du diagnostic sans appel du spécialiste indifférent : « qu’est-ce qu’il y a comme gaz, là-dedans ! »

  • Souviens-toi, à ton époque sportive, de la panique éprouvée en avisant une grosseur à la palpation, là, au milieu de ta ceinture abdominale de béton, ainsi que de la réaction amusée mais bienveillante du médecin : « c’est l’aorte, ça, madame ; tenez, vous sentez les pulsations ? »

On va peut-être arrêter là l’énumération de toutes tes pathologies, Andromaque, ma pauvre. Ok, ce coup-ci, c’est la bonne, on le sait bien. Tu as fait ce qu’il fallait pour qu’elle arrive enfin. Tu vas pouvoir t’administrer la correction que tu mérites, c’est pas trop tôt. Décroche ce foutu téléphone et va te faire tirer les oreilles. Qu’est-ce que tu vas prendre ! Quel plaisir, n’est-ce pas ? Remercie ton éducation catholique pour ce qu’elle t’a enseigné d’auto-flagellation, un art dont tu maîtrises les arcanes.

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